Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Aquilino Morelle

Aquilino Morelle

Six mois après son éviction de l’Elysée, l’ex-conseiller politique de François Hollande s’estime victime de ténébreux complots. Et se lâche !

La chute fut brutale et la blessure, inguérissable. Aquilino Morelle, l'ancien conseiller politique du président de la République, chassé de l'Elysée après avoir été rattrapé par un vieux contrat avec un laboratoire pharmaceutique et ridiculisé par ses habitudes de dandy, règle ses comptes.

Enquête à lire dans "le Nouvel Observateur", en kiosque le jeudi 25 septembre.

Extraits :

A peine a-t-il goûté son expresso qu’il se déchausse. Ses pieds caressent le velours grenat de ce bar d’hôtel de Saint-Germain-des-Prés. C’est un message subliminal, sans doute, une manière de dire "regardez-moi bien, je suis Aquilino Morelle, avec mon bronzage de Toscane, mon blazer chic, mon parfum sucré, je me tiens comme je veux, je fais ce que je veux, et je vous conchie, vous, les journalistes qui m’avez trucidé pour une grotesque histoire de souliers".

Il est vrai que ses séances de cirage de chaussures à l’Elysée, dévoilées en avril par Mediapart, et abondamment commentées, ont entraîné sa chute, autant, sinon plus, que la révélation du contrat passé, en 2007, avec le laboratoire Lundbeck alors qu’il était encore inspecteur à l’Igas (Inspection générale des Affaires sociales). Il a payé. Liquidé en 24 heures chrono, prié par François Hollande de quitter illico le Palais. Brutalité risquée à l’égard d’un conseiller qui sait beaucoup, beaucoup de choses, après avoir côtoyé l’intimité du président.

L'enfoiré !

"L’enfoiré", l’appelle désormais Aquilino Morelle tant la colère le dévaste. L’ancien chef de la communication élyséenne laisse filer les mots, lui qui maîtrisait si bien son langage. Il veut tout contrôler mais ne contrôle plus rien. Il est délicieux, détestable, passe de l’analyse froide à la haine indomptable, d’une sagesse quasi orientale à la paranoïa la plus totale. Le passé, il veut y revenir mais il lui fait mal. Alors, dès qu’une question le gêne, il se cabre, éructe et clame, sombre, raide comme s’il affrontait le Politburo :

"C’est simple, j’ai été victime d’une élimination politique planifiée."

Son ami Me Georges Kiejman lui avait conseillé d’attendre que le cyclone passe, après l’avoir dissuadé de porter plainte contre Mediapart. Surtout ne plus faire de bruit, ne pas indisposer les juges du pôle financier qui enquêtent sur une possible prise illégale d’intérêts liée au contrat signé en 2007 avec le laboratoire pharmaceutique. L’avocat a toujours pensé qu’il fallait protéger ce "cher Aquilino", d’abord de lui-même :

Ce garçon brillant et attachant passe parfois de l’autre côté du cheval", note-t-il.

INTERVIEW CHOC d'Aquilino Morelle : François Hollande... l'enfoiré !

Le silence fut évidemment un supplice pour le conseiller en communication, dont le métier, porte-parole officieux du prince, consistait précisément à dialoguer avec les journalistes. Il a tenu cinq mois, espérant être rapidement entendu par la justice, jusqu’à ce que l’attente devienne insupportable.

Je ne peux pas rester immobile toute ma vie. Je dois m’expliquer pour ma femme, mes enfants, mes amis, tous ceux qui n’ont pas compris mon silence… Le dossier est vide, je n’ai rien à me reprocher."

Ca peut saigner !

Morelle voulait trouver le bon timing, c’est ce qu’il confiait à "l’Obs" au cours de nombreux entretiens. Il n’avait pas prévu que Valérie Trierweiler et son brûlot viendraient brouiller sa rentrée. En hollandie, ces temps-ci, mieux vaut dégainer vite.

Lui aussi va écrire un livre "et ça peut saigner", murmure-t-il, tout en assurant ne pas vouloir causer de tort à ses camarades socialistes. […]

Il envisage, dans ses Mémoires, de revenir sur tout, la vie au Palais, François, Valérie, Manuel et les autres… Sur le sort si injuste réservé à sa femme, Laurence Engel, l’ancienne directrice de cabinet d’Aurélie Filippetti emportée elle aussi dans la tempête. "Je ne peux pas faire autrement…", avait prétexté l’ancienne ministre.

Il défendra aussi ses convictions, celles qu’il partage avec le dernier répudié, Montebourg, pour une vraie gauche, proche du peuple, colbertiste, libérée du carcan de Bruxelles.

Tous ceux qui avaient l’audace de penser différemment, de dire que la marche forcée vers la réduction des déficits ne ferait qu’accentuer la crise ont été excommuniés, observe-t-il. Hollande a fait le choix de la non-discussion."

Morelle, lui, a pris le soin de le prévenir de son projet littéraire. "

Il tremble, François ", prétend-il, comme si le roi n’était pas mithridatisé.

Aquilino Morelle, lui, ne passe sur aucune blessure […]

INTERVIEW CHOC d'Aquilino Morelle : François Hollande... l'enfoiré !

L'affaire Trierweiler

 "Jamais nous n’avions été aussi proches qu’en cet hiver 2014", se rappelle le conseiller. Un lien particulier s’est noué entre les deux hommes, après le fiasco Leonarda et plus encore durant l’affaire Trierweiler. Aquilino, informé par ses amis journalistes, n’ignorait rien des incartades présidentielles. Jamais il n’en parlait. Une ou deux fois, il avait simplement dit :

François, je suis désolé, mais il faut que je te parle d’un truc un peu spécial…"

"François" toujours esquivait. Et c’est Morelle qui a posé l’exemplaire de "Closer" sur le bureau du chef de l’Etat. Visage livide, rage, désespoir, crise politique et conjugale.

J’ai vu François nu, plus bas que terre, je l’ai ramassé à la petite cuillère. Peu à peu, il s’est relevé. Alors il n’a plus supporté mon regard."

Quand il pousse la porte du bureau de Hollande au lendemain des révélations de Mediapart, le communicant sait que ses jours sont comptés. Il tente encore d’expliquer qu’il est victime d’une offensive des jaloux du Palais, probablement nourrie par Servier. La firme pharmaceutique, qui n’a jamais digéré son rapport au vitriol sur le Mediator, ni son témoignage à charge lors du procès des victimes à Nanterre, aurait enfin trouvé le moyen de le ­discréditer. Il plaide que cela ne tient pas sur le plan pénal, que ce contrat avec un laboratoire – unique et vieux de sept ans – ne prouve rien.

INTERVIEW CHOC d'Aquilino Morelle : François Hollande... l'enfoiré !

Où est le crime ? Demander à un chauffeur d’aller chercher son fils quand on ne peut pas y aller soi-même ? Faire venir un cireur à Marigny ?"

Hollande, bientôt rejoint par Jean-Pierre Jouyet, ne veut rien entendre :

Ils ne vont pas te lâcher. Ils seront comme un chien après un os. On ne va pas y arriver", répète-t-il avant de soupirer : "Quelle bêtise. Pourquoi diable, as-tu fait venir ce cireur, pourquoi ne pas avoir demandé cela à ta femme de ménage ?"

Morelle explose :

Et toi tu n’as jamais fait de connerie, peut-être ? Allez te faire gauler rue du Cirque, avec ton casque, comme un débutant..."

Des noms d’oiseaux fusent.

Je n’ai pas employé le mot “salaud”, contrairement à ce qui a été écrit, jure l’ancien conseiller. Mais ce n’était pas loin."

Il y a presque du dépit amoureux chez cet homme qui dit encore :

François se comporte avec moi comme avec Valérie, incapable d’assumer une rupture qui était aussi d’ordre affectif."

Dépit amoureux

Il y a aussi de la haine car il en est certain désormais : Hollande a bien donné sa bénédiction à Mediapart. "M. Aquilino Morelle rêve", rétorque Edwy Plenel. Pas tant que ça, selon un proche du président, qui souhaite rester anonyme :

François se comporte avec moi comme avec Valérie, incapable d’assumer une rupture qui était aussi d’ordre affectif."

 

Lire la suite sur le site du NouvelObs...

Tag(s) : #FOUDRE POLITIQUE