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Raisins secs et mimosas !


Un journal qui meurt, c’est un peu comme les raisins secs qui restent collés sur les poils du cul quand on fait caca dans la nature et que l’on se torche avec des feuilles de mimosa. On se dit, le format était-il trop petit ? la couleur était-elle trop jaune ? Est-ce la saison du mimosa ? Quand on s’est bien questionné sur la forme, on s’interroge sur le fond : Était-ce trop liquide ?, Y avait-il trop de matière ? Était-ce trop dur ? Y suis je bien allé assez fort ? On trouve toutes les réponses du monde et l’on se dit que la prochaine fois on ira dans de beaux chiottes tout blancs avec du papier de soie et du savon à cul même si ça doit pas faire plaisir aux amoureux de la nature. N’empêche qu’en attendant, on a cette curieuse et déplaisante sensation d’avoir un truc collé qui gêne et que l’on aimerait bien y mettre les doigts mais que ça se fait pas ! Alors bien sûr les copains et les copines affluent pour donner leur avis :

 

-Prends une douche anale.

-Fais toi lécher le fion.

-Va voir un psy.

-Rejoins le combat des pécheurs de crevettes.

-Non au nucléaire.

 

Un jour, il faudra qu’un philosophe nous apporte son éclairage sur les raisins secs collés aux poils du cul. Un philosophe engagé, n’hésitant pas à se positionner sur le théâtre des opérations, un philosophe tenant bien haut, perché sur un doigt vengeur et pénétrant, un rouleau de PQ rose, parfumé à l’Eucalyptus, un philosophe qui nous expliquera que plus un journal ressemble à du papier chiotte, plus il a des chances de se vendre au plus grand nombre.

 

Que nous autres, avec notre Zélium, ressemblant à s’y méprendre à une feuille de mimosa arraché à sa tige par un jour de bourrasque, nous n’avions aucune chance de torcher correctement ces trous de balle qui dégueulent leur haine de l’humanité. Nous autres, nous offrions des fleurs jaunes en grappe, des dirigeables indirigeables, des bouquets d’amoureuses aux cœurs carmins, des mecs à la bite vengeresse qui acculent des politiques, des filles clitoridiennement incorrectes enchattant d’incorrigibles machistes. Nous autres, nous rigolions de la mort, de la tremblante du mouton, de la faillite des bourses, de la mémoire des vieilles, de la queue pendante des patrons, du cancer qui nous rongera tous et mêmes des potes qui crèvent sous les litres de jaja et les volutes de tabac. Nos lectrices voyaient des matins blêmes et des levés de soleil mirifiques, là où les autres ne voient qu’une affreuse nuit de cauchemars.

 

Nos lecteurs voyaient de beaux combats contre tous les pouvoirs et des piques ensanglantés là où les autres ne voient que des mots enchaînés aux plumes des impuissants. Et nous rêvions ensembles et cela nous suffit. Enfin de compte, nous ne regrettons pas ce mimosa trop jeune, trop jaune, trop pur, trop petit, trop fin. Nous ne regrettons pas le voyage en rêverie et moins encore l’impossible utopie même si, on a cette curieuse et déplaisante sensation d’avoir un truc collé aux poils du cul.

 

Etienne Liebig

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